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  • Mode de vieArticle14 septembre 2026

    Voyager écolo : une illusion ou un plan réaliste?

    Devoir réduire mes voyages en avion pour avoir la plus petite empreinte carbone possible est l’un de mes plus grands défis. Voyager écolo, est-ce que c’est possible?

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    Par Maude Carmel

    Les Décarbonés

    Depuis 8 ans, mon copain et moi privilégions donc les escapades au Québec et dans le reste du Canada, quitte à faire beaucoup de route plusieurs fois par année. Mais à force de prendre l’auto pour quelques centaines (ou milliers) de kilomètres, je me demande à quel point on est réellement plus écoresponsables? Ça veut dire quoi, voyager écolo? Est-ce réaliste? On calcule tout ça dans cet article!

    Voyager est-il essentiel?

    Pour certains, voyager est un besoin, une façon de fuir le quotidien et de vivre des aventures, tout en découvrant une culture différente de la nôtre. Si le nomadisme fut (et l’est peut-être encore) partie intégrante du mode de vie des humains pendant des millénaires, partir à Venise pendant les vacances de la construction ou se faire dorer la couenne à Puerto Vallarta entre Noël et le jour de l’an, c’est plus un luxe qu’un besoin fondamental. Du moins, c’est l’apanage d’une petite partie de la population (lire ici : les plus privilégiés).

    En effet, en 2025, ce ne sont que 1,52 milliard de touristes internationaux qui ont voyagé dans le monde, soit 12% des humains1. Ceux-ci (et j’en fais un peu partie, dépendamment des années), quittent leur chez-soi à chaque semaine de vacances payées, comme un réflexe conditionné. À ce sujet, je vous recommande fortement de lire Peut-on voyager encore? de Rodolphe Christin, pour pousser plus loin la réflexion.

    Mais quel impact ce loisir a-t-il? Selon une étude publiée dans Nature Communications en 2024, le tourisme en général (donc juste le fait de voyager, d’artificialiser les lieux, avec ou sans avion) représente 3,5 % des émissions de GES de la planète dont… 2,5 % sont liées à l’aviation2.

    Voyager local = voyager décarboné?

    Pour diminuer l’empreinte carbone de nos vacances, notre premier réflexe sera donc de voyager localement. Si les Européens peuvent se targuer de pouvoir visiter des dizaines de pays différents en train, nous Canadiens, devons nous résigner à explorer notre propre patrie (ou se résigner à rendre une petite visite à notre cousin Donald au Sud).

    Coup de chance, le Canada est immense et magnifique, tout comme le Québec, qui offre une variété de paysages différents tant aux abords du fleuve Saint-Laurent que dans les terres. Cette immensité vient par contre avec un prix : celui de devoir faire des centaines, voire des milliers de kilomètres si on veut tout visiter.

    J’ai donc eu envie de vérifier ce que certains roadtrips émettent comme GES avec une voiture à essence familiale standard (genre VUS, parce que c’est ce que les concessionnaires vendent aux familles de nos jours), style Subaru Crosstrek, à partir de la Rive-Sud de Montréal. Pour faire ces calculs de transport terrestre, j’ai eu recours à l’outil offert par Carbone Boréal, qui vise à reboiser les terres agricoles grâce à l’argent récolté par la compensation. C’est une plateforme et une initiative vraiment solide de l’UQAC : on entre la distance à parcourir et hop, on nous dit combien on doit compenser!

    Résultats : un aller-retour à Gaspé (ou Wildwood, environ la même distance, soit 1750 km) émet environ 0,3 tonnes d’équivalent CO2. Dans la même veine, un aller-retour à l’Île-du-Prince-Édouard (ou Natashquan, donc approximativement 2500 km) émet 0,4 tonnes d’équivalent CO2. Selon l’Institut de la Statistique, le Québécois moyen émet 8,7 tonnes de CO2 par an3.  

    Évidemment, le plus écolo, pour aller de Montréal à Gaspé, serait d’y aller en train ou en bus. Le seul problème, c’est qu’aux dernières nouvelles le train ne s’y rend plus depuis quelques années, et quant à l’autobus, une fois qu’il te dépose à la gare à 21 h 30… il faut trouver un moyen de se déplacer dans la région sans auto! Pour ma part, je passe. 

    Prendre l’avion : un gouffre carbone? 

    Après m’être amusée à calculer l’empreinte carbone des roadtrips classiques des Québécois, j’ai eu envie de découvrir celle d’un aller-retour en avion pour se rendre à une de ces destinations. Surprise : aller à Havre-Saint-Pierre dans un petit Dash8 (avion turbopropulseur, moins polluant qu’un airbus par exemple), toujours pour une petite famille de 3 personnes, équivaut à 1,4 tonne d’équivalent CO2! Je m’attendais à plus, surtout en comparaison avec notre trajet équivalent en voiture (0,4 tonnes d’équivalent CO2). Il faut toutefois rappeler qu’une fois sur place, on doit trouver une voiture pour découvrir la région, ce qui augmente l’empreinte carbone du voyage.

    Important : Chaque outil de calcul trouvé sur le web propose un résultat un peu différent. Cela dépend si le calculateur inclut la fabrication de l’avion, les traînées de condensation à long terme, etc. Avec Carbone Boréal, par exemple, j’obtenais les résultats les plus élevés de tout le domaine de la compensation carbone, puisque l’organisme calcule le transport de kérosène, l’entretien des aéroports portuaires, et plus encore! Quant à My climate par exemple, un organisme de sensibilisation européen, on calcule seulement le vol. J’ai donc utilisé ce dernier pour les calculs ci-dessous, question de comparer des pommes avec des pommes (parce que tant qu’à faire, on pourrait calculer les GES émis pour fabriquer notre Subaru Crosstrek et le gaz transporté pour l’alimenter!). Il faut cependant garder en tête que ce n’est jamais une science exacte!

    BON! Maintenant, ceci dit, j’aimerais calculer les gaz émis si Isabelle, Sébastien et Noah (ça c’est notre petite famille de trois personnes) souhaitent un jour s’aventurer un peu plus loin que Wildwood.

    • Montréal-Paris : 8 tonnes d’équivalent CO2
    • Montréal-Athènes avec une escale à Berlin (les escales sont plus gourmandes en énergie car ce sont les phases d'atterrissage et de décollage qui polluent le plus) : 9 tonnes d’équivalent CO2
    • Montréal-République Dominicaine : 4,6 tonnes d’équivalent CO2
    • Montréal-Japon avec escale à Vancouver : 12 tonnes d’équivalent CO2

    À la lumière de ces calculs mathématiques, je ne pense pas avoir besoin de faire un palmarès des modes de transport pour qu’on réalise collectivement que l’avion est un gouffre carbone (surtout quand on sait que 8,7 tonnes de GES émis par les Québécois par année est 4 fois plus élevé que ce que recommande l’accord de Paris). C’est très normal de vouloir explorer les contrées les plus lointaines de ce monde quelques fois dans une vie, mais si on peut espacer le plus possible ces aventures et privilégier les vols directs, quitte à payer plus cher, c’est encore mieux!

    Et de toute façon, voyager écolo, est-ce seulement une question de distance?

    Des déplacements plus responsables en hausse

    En faisant différentes recherches pour cet article, je suis tombée sur un article de Statistiques Canada plutôt réjouissant : au cours des dernières années, lors de leurs voyages au pays, les Québécois ont augmenté légèrement leurs déplacements en train et en autobus. C’est en effet 1,6 million de voyages (2,6% de tous les voyages) qui ont été effectués en autobus ou en train en 2024, soit 1,8% de plus qu’en 20234.  Par comparaison, 8% des voyages en Europe ont été effectués en train, sans compter les autobus5

    L’écotourisme, c’est quoi?

    Par définition, c’est une vision du voyage qui s’éloigne du tourisme de masse, tout en privilégiant des hébergement éco responsables et des activités peu invasives. Autrement dit, au lieu de se rendre aux mêmes endroits que tout le monde (et ainsi participer à l’effritement des écosystèmes), on sort des sentiers battus, on dort chez l’habitant, on fait affaire avec des guides locaux, on encourage le commerce et la culture du pays, on en apprend davantage sur la flore et la faune en danger, et on se lance même dans l’écovolontariat si on veut aller au bout de l’expérience (ça c’est quand on part faire une mission qui sert littéralement à restaurer, protéger l’environnement ou suivre/offrir des ateliers d’éducation). Autrement dit, son impact n’est pas qu’environnemental, il est aussi social.

    Fort heureusement, l’écotourisme gagne en popularité, surtout dans certains pays d'Amérique Latine, comme le Costa Rica et l’Équateur, qui privilégient les aires protégées au-delà du surtourisme. Ici aussi, de plus en plus d’agences offrent des itinéraires respectueux des écosystèmes. Par exemple, au Québec, Bryophi propose des voyages d’aventures qui réduisent les impacts et génèrent des retombées économiques positives dans les communautés de la province, en allant entre autres à la rencontre d’acteurs locaux. Ce tourisme lent, même régénératif peut se faire de manière autonome (avec soutien à distance) ou guidés. Chaque circuit permet de  sensibiliser un peu sur le territoire visité.

    Il est d'ailleurs possible, en consultant le site d’Aventure Écotourisme Québec, de retrouver toutes les entreprises accréditées en écotourisme, tant pour les hébergements que les activités.

    Compenser ses émissions, oui, mais…

    De plus en plus de compagnies aériennes, comme Air Canada, Air France ou Delta, proposent, lorsqu’on achète un billet d’avion sur leur site, de compenser les émissions émises par notre vol. Comment? En payant un surplus (entre 40 et 200$ en moyenne) pour soutenir un projet certifié qui contribue à l’élimination ou l'absorption de GES dans le monde, comme planter des arbres, restaurer des forêts de mangrove ou soutenir un projet d’énergie propre. Même si l’idée est louable, il faut faire attention de ne pas faire 2X plus de voyage en se disant que de toutes façons, on compense! Il faut savoir qu’un arbre planté mettra des décennies à absorber l’équivalent de notre empreinte, s’il n’a pas brûlé entre-temps. D’autant plus que tous les projets ne sont pas équivalents en termes d'absorption! Rappelons-nous collectivement que le vol le plus écolo est celui qu’on ne prendra pas.


    PS : Si vous préférez compenser autrement, il y a des entreprises locales qui le proposent comme Carbone Boréal ou Arbre Évolution.

    Dans un monde idéal, nous ne voyagerions que localement, et pas trop loin, puisque même en restant les deux pieds sur Terre, des vacances de quelques jours peuvent facilement représenter 5% de notre empreinte carbone annuelle! Mais j’ai pour mon dire que j’existe, donc je pollue. Le voyage n’est peut-être pas un besoin qui se retrouve au top de la pyramide de Maslow, mais lorsqu’il est intentionnel et respectueux des ressources de la planète, il peut générer des rencontres enrichissantes et des connaissances transformatrices.

    Il est donc important de ne pas tenir le voyage pour acquis, comme un réflexe qui émergerait à chaque congé « bon, où allons-nous cette année? ».  Si c’est une passion, il est possible de trouver un terrain d’entente avec la planète Terre en par exemple en privilégiant les aventures locales d'écotourisme et, quelques fois par décennies, explorer un peu au-delà des océans!

    L'échelle des possibilités

    Voyager et réduire son empreinte carbone, ça peut prendre plusieurs formes. Voici trois possibilités!  

    Sources : 

    1 ONU TOURISME. Baromètre ONU Tourisme, ONU Tourisme, s.d., https://www.untourism.int/fr/un-tourism-world-tourism-barometer-data

    2 SUN, YY., FATURAY, F., LENZEN, M. et al. « Drivers of global tourism carbon emissions », Nature Communications 15, 10384 (2024). https://doi.org/10.1038/s41467-024-54582-7 

    3 INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC. Une première estimation de l’empreinte carbone des ménages au Québec, Institut de la statistique du Québec, 22 avril 2022, https://statistique.quebec.ca/fr/communique/premiere-estimation-empreinte-carbone-menages-quebec.

    4 STATISTIQUE CANADA. « Plus de pas, plus petite empreinte : les voyages écoresponsables », Statistique Canada, 24 septembre 2025, https://www.statcan.gc.ca/o1/fr/plus/8522-plus-de-pas-plus-petite-empreinte-les-voyages-ecoresponsables

    5 EVE BACHLER. « [Carte] L’usage du train en Europe », Toute l’Europe, 26 juillet 2025, https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/carte-l-usage-du-train-en-europe/ 

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