Un compost dans la cour, ça vaut la peine ?
Depuis maintenant une dizaine d’années, les municipalités du Québec ont introduit le bac brun dans plupart de nos maisons. Jeter une pelure de clémentine à la poubelle semble désormais relever d’un autre temps. Mais si la ville s’occupe déjà de décomposer nos restants de table, pourquoi voudrions-nous gérer également nos matières organiques sur notre propre terrain? On démystifie ensemble les bénéfices du compost domestique.

Par Maude Carmel
Les Décarbonés
Le compost : un engrais gratuit
Au fond, c’est quoi le compost, à part des pelures de bananes et du marc de café qui s’entassent dans un bac brun sur un comptoir? Ultimement, c’est un engrais gratuit qui imite ce que la nature fait depuis belle lurette, c’est-à-dire transformer ce qu’un être vivant laisse derrière lui en un mélange vivant et régénérateur, capable d'enrichir la terre. En effet, le compost stimule l’activité des microorganismes, libère des éléments nutritifs et prévient la sécheresse en retenant l’eau… créant ainsi les conditions idéales pour que les plantes produisent fruits et légumes. Ainsi s’écrit la magie de l’économie circulaire!
Un meilleur rapport qualité prix
On l’a compris… pour que notre terre de jardin soit riche et fertile, ça prend du compost, et pas juste un peu! En effet, pour la première année d’un potager, on mélange un tiers de compost pour 2 tiers de terre à jardin pour les jardinières, ou on ajoute 3 à 5 centimètres de compost aux 15 premiers centimètres de terre si on jardine directement au sol.1 Sachant qu’en pépinière, le compost se vend entre 4 et 10 $ pour 30 litres, on pourrait débourser autour de 50 à 75 $ de compost par année pour un potager moyen. En effet, pour un potager de 6 mètres carrés, si on veut 5 cm d’épaisseur de compost, il nous faut 300 litres de compost. (Contente que mes maths du secondaire aient servi au moins une fois dans ma vie!)
Mais s’équiper pour faire son compost domestique, est-ce que ça demande de débourser beaucoup? Il est possible de fabriquer son propre bac à compost pour quelques dollars, mais selon mon expérience, il est plus simple d’acheter 2 ou 3 bacs à compost rotatifs. Comme ceux-ci se détaillent à environ 100 $ chacun, on pourrait donc rentabiliser cet achat après 3 ans.
Pourquoi avoir plus d’un bac à compost, me demanderez-vous? Parce que les matières organiques prennent 1 à 2 ans pour se décomposer. L’avantage d’en avoir 2 ou 3 est de pouvoir nourrir en continu celui qui est en pleine maturation, puis d’utiliser l’autre pour votre terre à jardin et ainsi faire des rotations!

Un compost top qualité
Il faut aussi savoir que le compost domestique a le potentiel d’être de bien meilleure qualité que le compost commercial, tout d’abord parce que VOUS en êtes le créateur. Il peut être personnalisé selon les besoins de votre jardin, et il est bien frais. Les nutriments et micro-organismes sont donc encore très actifs!
Ultimement, réussir son propre compost amène surtout un immense sentiment de fierté. Rien de plus satisfaisant que de réutiliser nos rebuts de cuisine pour enrichir une terre qui, à son tour, nous donnera les fruits de son labeur.
Les bienfaits environnementaux
Composter libère la planète d’un gros poids : les matières décomposées grâce au compost sont détournées de l’enfouissement, évitant ainsi la contamination des nappes phréatiques et la libération de méthane. En effet, si elles sont mal gérées, les matières végétales peuvent produire des biogaz 25 fois plus nocifs pour le réchauffement climatique que le carbone. Mieux encore : le compostage municipal émet neuf fois moins de GES que l’enfouissement et le compostage domestique est encore plus écolo, puisqu’aucun transport, énergie ou matériel complexe n’est nécessaire!2
Mais… les odeurs?
Un compost bien balancé ne devrait jamais dégager d’odeur dérangeante. Parce qu’un compost idéal, c’est un savant équilibre entre les matières plus humides, dites azotées, comme des épluchures de légumes, les pelures de fruits ou les feuilles vertes, et les matières carbonées ou dites « brunes » , comme les feuilles mortes ou la paille, qui elles doivent être assez abondantes pour absorber l’excès d’humidité. La proportion à retenir : deux tiers de matières brunes pour un tiers d’azoté . Si vous sentez que votre mélange est trop humide et que ça sent le légume visqueux, c’est simple : ajoutez des feuilles mortes. S’il est trop sec, ajoutez des rebuts de nourriture!
Si vous avez un bac rotatif, il faudra le tourner régulièrement pour activer la décomposition. Si vous avez décidé de le fabriquer vous-même, n’oubliez pas de le brasser avec une fourche, question d’aérer le tout et de réguler la température. Un autre point important : installez votre compost dans un endroit qui est toujours à l’ombre. S’il reçoit trop de soleil, il sèchera plus vite, et il est bien important qu’un compost reste humide.
Comment savoir que le compost est prêt?
Trois éléments nous indiquent habituellement qu’un compost est fin prêt : sa couleur (brun-noir), son odeur (il doit sentir la terre!) et sa texture (on ne doit pas être capable d'identifier de matières). Vous pourrez tenter le coup au bout de 12 mois. Sinon, ça ira à l’année suivante.
Comment bien nourrir son compost?
Attention : on ne peut pas mettre de produits d’origine animale dans un compost domestique, comme les os du poulet portugais que vous avez commandé, le reste du yogourt à la papaye que vous avez détesté, ou les excréments de votre bouledogue français. Pourquoi? D’abord parce que les chances qu’une marmotte ou qu’un raton laveur saccage votre compost tout frais sont presque de 100 %, mais aussi parce des odeurs nauséabondes s’en dégageront. Rappelons également que la température d’un compost domestique ne devient jamais aussi élevée que dans un site industriel, donc si la salmonelle s’est invitée dans votre cuisine, elle ne partira jamais de votre bac à compost (et les asticots non plus)!
Outre la viande et les excréments, on évite aussi les écailles entières d'œufs (par contre, on peut les broyer pour obtenir un compost riche en calcium), les gros noyaux d’avocats ou de pêches ou même les écales d’arachide ou de pistache. Puisque ces matières sont trop dures pour se décomposer en une année, elles seront donc encore intactes l’année suivante. Personnellement, je conserve le petit contenant brun municipal dans ma cuisine pour y déposer ces éléments qui prendront ensuite la direction du site industriel de ma ville.
Autrement, il est conseillé de ne pas mettre de mauvaises herbes ou de plantes envahissantes dans son compost domestique à moins d’avoir envie de passer l’été à désherber des milliers de pousses de bardane dans son potager. On n’y mettra pas non plus de la gomme à mâcher, du liège, du sable, des médicaments ou de l’huile.3

Le papier journal, ça se met au compost ou pas?
Je mets toujours du papier journal au fond de mes petits bacs bruns de comptoir pour absorber l’humidité, garder le bac plus propre et par la même occasion, ajouter un peu de matières carbonées. Mais.. est-ce une bonne idée? Est-ce que l’encre est toxique? La réponse est non, puisque les journaux et circulaires sont maintenant imprimés à 65 % à l’encre végétale fabriquée à partir de l’huile de lin, soja ou colza. Les 35 % qui reste d’encre possiblement chimique n’est pas assez significatif pour contaminer tout un bac (on priorise tout le même l’encre noire). TOUTEFOIS, il vaut toujours mieux recycler le papier journal que de le composter, puisqu’il pourra ainsi connaître une nouvelle vie. Si vous avez besoin de matières brunes, optez plutôt pour des feuilles mortes.4
Et si on ne jardine pas, ça vaut la peine?
OUI ÇA VAUT LA PEINE! Ne serait-ce que pour vos plantes intérieures, un compost domestique est utile. Oui, c’est excellent pour la croissance des racines et la rétention de l’eau. Sinon, même sans potager, mettre du compost sur le terrain améliore l’aération du gazon et lui donne une meilleure structure, c’est-à-dire que le sol ne devient jamais trop compact, ni trop sablonneux.
Si vous n’avez pas de terrain et que vous souhaitez tout de même produire votre propre compost, il est aussi possible d’acheter ou de fabriquer un vermicomposteur. Ingénieux et compact, ce petit objet vient toutefois avec un avertissement : on ne doit pas être dégouté par les vers de terre. En effet, le principe du vermicompostage (ou lombricompostage) repose sur le travail de vers rouges, qui transforment vos pelures de carottes en fumier organique et ce, très rapidement.
Finalement, il n’y a rien de plus simple et naturel que le principe du compost. Mais savez-vous ce qui est encore plus écologique que de composter? Éviter de gaspiller des ressources alimentaires… et cuisiner ses rebuts avec créativité!
L'échelle des possibilités
Trois types de façon d’intégrer le compost domestique dans votre vie selon votre envie et votre quotidien!

Sources :
1GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Le compost et son utilisation au jardin, Gouvernement du Québec, s.d.,https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/agriculture/agriculture-urbaine/preparer-entretenir-potager/compost-utilisation-jardin
2VALÉRIE SIMARD. « Composter : un geste anedoctique? », La Presse, 20 mars 2026,https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-03-20/le-facteur-humain/composter-un-geste-anecdotique.php
3RECYC-QUÉBEC. Mini-guide du compostage domestique, RECYC-QUÉBEC, s.d.,https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/mini-guide-compostage-domestique.pdf
4RADIO-CANADA. « L'encre végétale, pas nocive pour le compost », OH-dio Moteur de recherche, 9 octobre 2024,https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/moteur-de-recherche/segments/rattrapage/1874745/encre-sur-papiers-imprimes-peut-elle-contaminer-compost
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